On pense vraisemblablement que ça a commencé à aller très très mal à partir du début des années 60. Et pourquoi ? Parce que les pesticides ont commencé à être disséminés On peut constater ça assez aisément. Jadis, quand on traversait la France en voiture, il fallait s’arrêter pour nettoyer à fond son pare brise parce qu’il était complètement constellé de petits insectes qui s’était écrasés. Aujourd’hui, c’est pratiquement terminé. Au point de départ de cette histoire, beaucoup de gens ont cru de bonne foi qu’en utilisant par exemple du DDT, on allait venir à bout de ces ravageurs des récoltes : champignons, petits insectes ou petits oiseaux qui attaquaient les récoltes. Le problème c’est que 15 ans après, quand cette merveilleuse Rachel Carson, une américaine, a écrit un livre qui s’appelait printemps silencieux en 1962, quand elle a commencé à raconter des histoires vraies c’est à dire le désastre des pesticides, Monsanto pour ne pas le nommer a lancé une campagne terrible contre elle en l’accusant d’être un agent du KGB, une lesbienne, évidemment pour la disqualifier. Et on n’est pas sorti de cette histoire. Une des autres raisons qui parle de comprendre pourquoi cette industrie a pu s’installer si longtemps chez nous c’est évidemment l’inertie et la complicité des gouvernements de droite de gauche, de gauche de droite. Il y a un exemple terrible : l’exemple du chlordécone dans les antilles françaises. C’est un pesticide extraordinairement cancerogène qui a été utilisé dans les bananeraies notamment en Guadeloupe, à cause de qui ? Des gouvernements successifs qui ont toléré ce produit qui avait été interdit aux États-Unis dès 1976. C’est un système qui n’en finit jamais. Dans le même temps que les néonicotinoïdes étaient enfin, suspendus bien d’autres pesticides qui s’attaquent au bourdon ont été mis sur le marché. Par ailleurs, les pesticides dont personne n’a jamais entendu parler qu’on appelle par exemple les SDHI et qui sont en ce moment épandus sur 70 % des surfaces de blé en France sont une menace extraordinaire sur un principe de base de la vie de tous les êtres vivants dont les humains et c’est pas moi Fabrice Nicolino qui vous le dis, ce sont des scientifiques de l’Inra, de l’Inserm, du CNRS, qui ont lancé une alerte extraordinaire en avril 2018. C’est des industries qui sont condamnées à la fuite en avant. Elles doivent trouver de nouvelles molécules ouvrir de nouveaux marchés, créer des besoins auprès des agriculteurs. C’est une entreprise de guerre. Ou est-ce qu’il faut entrer se coucher? Il est temps de se lever, d’unir toutes les forces disponibles par delà les divergences de manière à faire disparaître de notre champ mental et des chants tout court les pesticides.