Générique.
– Marie Brémeau: Bonjour,
je suis ravie de vous retrouver.
Nous sommes au Parlement européen
pour cette nouvelle saison d'”Europe
hebdo”.
Nous ouvrirons chaque semaine
ensemble les portes de l’Europe.
Peut-on interdire le glyphosate?
En Autriche, c’est possible.
C’est le premier pays de l’Union
Européenne à interdire complètement
l’herbicide sur son territoire.
Un Etat peut-il interdire le
glyphosate alors que l’Union
Européenne l’autorise?
Nous ouvrirons le débat avec nos
invités en plateau.
Retour sur le sujet qui agite
l’Europe depuis trois ans, le
Brexit.
La Cour suprême britannique vient de
juger illégale la suspension du
Parlement décidée par Boris Johnson.
On a résumé pour vous les derniers
rebondissements.
– Plus de trois ans après le vote
des Britanniques, après déjà deux
reports de la date du Brexit, c’est
à un second Premier ministre de
mener le pays hors de l’Union
Européenne.
Boris Johnson a succédé à Theresa
May à la tête du Parlement
britannique.
Theresa May avait réussi à négocier
un accord de sortie avec les 27 mais
elle a échoué à le faire adopter
devant son Parlement.
Boris Johnson prépare les
Britanniques au no deal, une sortie
sans accord au 31 octobre.
– Il est vital de nous préparer à
l’éventualité que Bruxelles refuse
de poursuivre les négociations et
que nous soyons contraints de ne
conclure aucun accord.
– Un mois plus tard, avant d’avoir
les coudées franches, il tente de
suspendre l’activité parlementaire
jusqu’au 14 octobre.
Indignation à la Chambre et dans la
rue.
Sa manoeuvre échoue.
La Cour suprême vient de juger la
décision nulle.
– Cette décision est illégale
et sans effet.
Le décret était également illégal et
sans effet.
Il doit être annulé.
– Le Parlement va siéger à nouveau.
Boris Johnson devra composer avec le
débat parlementaire alors qu’il
tente de négocier un nouvel accord
avec l’Union Européenne.
Les députés lui ont déjà imposé une
loi anti-no deal.
– Marie Brémeau: J’ai le plaisir
d’accueillir sur ce plateau
Christian Allard.
Vous êtes député européen depuis mai
dernier.
Vous appartenez au Parti
indépendantiste écossais.
Vous siégez à Bruxelles dans le
groupe des Verts.
Vous vous présentez souvent comme
100% écossais et 100% français.
Vous êtes né en Bourgogne.
Vous êtes opposé au Brexit.
– Christian Allard: Bien sûr.
Au 21e siècle, les barrières tombent
entre nos pays et nos cultures.
Le Brexit, c’est retourner aux
années 1950 ou avant.
Ce n’est pas du tout une idée du 21e
siècle.
Ce n’est pas une idée pour l’Europe
et certainement pas pour l’Ecosse.
– Marie Brémeau: Il y a des
rebondissements quotidiens.
Hier, la Cour suprême britannique a
invalidé la décision de Boris
Johnson de suspendre le Parlement
jusqu’à la mi-octobre.
Qu’est-ce que cela change?
– Christian Allard: Ca change
beaucoup et d’un autre côté, ça ne
change rien.
Boris Johnson est dans la même
position que Theresa May.
Il n’a pas l’accord du Parlement
britannique pour pouvoir sortir de
l’Union Européenne.
Je ne pense pas qu’il aura cet
accord.
Il n’a pas d’accord pour sortir de
l’Union Européenne le 31 octobre, en
tout cas.
C’est la raison pour laquelle il a
voulu être contre la démocratie et
empêcher la Chambre des communes de
siéger pendant quelques semaines.
La Cour suprême a prouvé que c’était
illégal.
J’en suis très content.
Maintenant, je ne sais pas si Boris
Johnson sera le prochain Premier
ministre, le Premier ministre à la
fin de la semaine.
– Marie Brémeau: Toutes les cartes
sont rebattues?
– Christian Allard: A mon avis, oui.
Je ne parle pas au niveau du Brexit,
mais en Grande-Bretagne, oui.
Nous ne savons pas qui sera le
prochain Premier ministre.
– Marie Brémeau: Est-ce que le
Parlement va augmenter la pression
sur Boris Johnson pour négocier avec
l’Union Européenne?
– Christian Allard: Absolument.
Boris Johnson n’a pas du tout
négocié avec l’Union Européenne.
Il a envoyé un papier qui s’appelle
le “non-papier”.
Personne ne peut avoir confiance en
Boris Johnson.
C’est quelqu’un qu’on ne peut pas
croire.
Il ne sait pas ce qu’il va faire
demain.
En tout cas, Boris Johnson veut
rester Premier ministre.
Après cette décision de cette
semaine, il doit absolument
démissionner.
– Marie Brémeau: Vous appelez à la
démission.
En début de semaine, Michel Barnier,
le négociateur de l’Union Européenne
pour le Brexit, semblait pessimiste
quant à l’issue des négociations.
– Sur la base de la position
britannique actuelle, il est
difficile de voir comment nous
pouvons parvenir à une solution
juridiquement opérationnelle, qui
réponde à tous les objectifs du
filet de sécurité.
Cela dit, nous restons ouverts aux
pourparlers, aux progrès et à
l’écoute des nouvelles idées du
Royaume-Uni.
– Marie Brémeau: Vous aussi, vous
partagez ce pessimisme?
– Christian Allard: Absolument.
Je ne vois pas comment l’Union
Européenne peut répondre à un
Premier ministre instable ou à un
Parlement qui n’est pas d’accord.
Nous devons avoir la place et le
temps de pouvoir changer notre
Premier ministre, changer le
Parlement et peut-être avoir un
autre référendum.
C’est pour ça que je demande au
moins un an ou deux ans pour tout
changer.
Il ne faut pas revenir à la
situation dans laquelle nous sommes
depuis trois ans.
Il faut trouver une solution.
– Marie Brémeau: Vous parlez de
changer de Premier ministre.
Est-ce que Boris Johnson est
discrédité aux yeux des institutions
de l’Union Européenne?
– Christian Allard: On ne peut pas
être plus discrédité que ça.
C’est la Cour suprême qui a dit
qu’il avait menti à la reine et
qu’il avait fait quelque chose de
complètement illégal.
Surtout en Grande-Bretagne, où le
régime est démocratique et
parlementaire.
C’est le Parlement qui a le plus de
pouvoir.
– Marie Brémeau: Vous parlez de la
nécessité d’avoir un an
supplémentaire pour sortir de ce
marasme.
A quoi servirait un troisième
report?
Dans les négociations, il y a la
question de la frontière entre les
deux Irlande.
– Christian Allard: J’étais à une
réunion ce matin à ce sujet.
On peut trouver toutes les solutions
qu’on veut, si le Premier ministre
et le Parlement britannique ne sont
pas d’accord, ce n’est pas la peine
que l’Union Européenne réfléchisse
sur un programme ou sur une
solution.
Nous devons solutionner ce problème
en Grande-Bretagne.
– Marie Brémeau: Le 17 et le 18
octobre prochain se tiendra un
sommet européen capitale.
Il décidera de l’avenir du
Royaume-Uni.
Jusqu’à présent, les 27
Etats-membres ont affiché leur unité
au sujet du Brexit.
Pensez-vous que cela va continuer?
– Christian Allard: J’espère.
C’est très important.
Au nom de l’Ecosse et de la
Grande-Bretagne, je leur demande de
nous donner une chance de rester.
Et si ce n’est pas possible, au
moins que l’Ecosse reste dans
l’Union Européenne.
– Marie Brémeau: Merci.
Nous aurons l’occasion de reparler
de ce sujet.
En France, on continue à tergiverser
sur les zones d’épandage.
On prend maintenant la direction de
l’Autriche, premier pays de l’Union
Européenne à avoir complètement
interdit le glyphosate en juillet
dernier.
Certains agriculteurs continuent
pourtant à utiliser l’herbicide
controversé.
– Une exploitation céréalière en
basse Autriche.
Du blé, de la betterave, du maïs et
des pommes de terre.
Sur ses 110 hectares de culture,
Lorenz Mayr emploie du glyphosate.
Pas question pour lui de s’en
passer.
– J’utilise 2 l de Roundup pour un
hectare.
– Cet été, il a récolté du blé sur
cette parcelle.
Au printemps, il y plantera du maïs.
Entre deux cultures, pour protéger
le sol de la pluie, il a fait
pousser du sarrasin.
Une technique répandue en Autriche.
L’agriculture se pratique souvent en
pente.
– Ces racines favorisent la présence
de vers de terre.
– Au milieu de ces plantes poussent
aussi des mauvaises herbes.
Lorenz Mayr ne veut pas désherber
avec une machine.
– Désherber mécaniquement implique
de retourner la terre sur plusieurs
centimètres, et donc d’annuler les
bénéfices de cette technique.
C’est pourquoi j’utilise du
glyphosate.
Les racines restent intactes.
– Des arguments que les ONG
connaissent bien.
Ce biologiste milite pour l’abandon
des pesticides.
– Ces arguments sont utilisés depuis
longtemps par l’industrie pour
défendre le glyphosate.
Ils veulent même en faire un outil
de protection de la biodiversité.
Des arguments repris par les
syndicats, qui sont très écoutés par
les agriculteurs, sur ce qu’il
convient de faire pour produire.
Mais toutes les alternatives
écologiques sont absentes de ces
argumentaires.
– Pourtant, les alternatives
existent.
L’Autriche fait même figure de
modèle, un quart de sa surface
agricole est cultivé en bio.
C’est le temps des vendanges.
Ce viticulteur n’est pas
conventionné en bio.
Pour autant, il ne veut pas entendre
parler de glyphosate dans ses
vignes.
– Vous voyez, il y a une abeille qui
vient butiner du pollen sur ce plan.
On peut en manger.
Mais ni l’abeille ni moi ne
pourrions déguster ces feuilles si
nous employions de l’herbicide.
Cela fait des milliers d’années que
l’on cultive la vigne dans la
région.
On nous propose des pesticides
depuis à peine 50 ans.
On a réussi à s’en passer avant.
Pour notre famille, ce n’est pas une
option.
En contrepartie, il y a un peu plus
d’efforts à fournir pour désherber
mécaniquement.
Mais nous travaillons surtout avec
des moutons.
– Cette démarche a le vent en poupe
en Autriche.
Malgré tout, la décision du
Parlement autrichien d’interdire le
glyphosate en 2020 reste fragile.
Elle a été votée contre l’avis du
gouvernement conservateur.
– Ce fut un long chemin.
Mais pour la première fois depuis
des décennies, nous avons pu trouver
une majorité au Parlement.
Nous avons notifié la Commission
européenne de cette décision, qui
peut maintenant rendre son avis.
Mais je suis persuadé que l’Europe
ne dira pas à un Etat-membre de
continuer à répandre du poison sur
ses champs.
– N’en déplaise à ce député, rien
n’est moins sûr.
Les défenseurs de l’herbicide
pourrait s’appuyer sur un avis de la
Commission européenne pour faire
capoter l’interdiction.
L’Autriche va-t-elle réellement
sortir du glyphosate en 2020?
Réponse après les législatives
anticipées du 29 septembre.
– Marie Brémeau: Pour prolonger le
débat, j’accueille trois invités.
Jérémy Decerle, vous êtes un nouveau
député européen La République En
Marche.
Il y a peu, vous étiez encore à la
tête des Jeunes Agriculteurs.
Vous êtes éleveur de vaches en
Saône-et-Loire.
Benoît Biteau, vous avez été élu
député européen en mai dernier
également, sur la liste Europe
Ecologie-Les Verts.
Vous partagez votre temps entre le
Parlement et votre ferme biologique
en Charente-Maritime.
Enfin, Gilles Lebreton.
Vous avez entamé votre deuxième
mandat ici, au Parlement européen,
en tant que député du Rassemblement
National.
Vous faites également partie de la
commission agriculture.
Bonjour à tous les trois.
Ce que l’Union Européenne n’a pas
réussi à faire en novembre 2017, à
savoir interdire le glyphosate,
l’Autriche l’a fait.
Comment vous l’expliquez?
– Jérémy Decerle: Avant toute chose,
il n’y a aucun élément
contradictoire à l’interdiction du
glyphosate.
On ne pense pas à l’impact que ça
peut avoir, cette interdiction.
Il ne faut pas négliger l’évolution
que connaît le monde agricole
européen et français.
On est aussi dans une émission
française.
Tous les agriculteurs sont
aujourd’hui prêts à relever ce défi.
Il y en a qui le font plus vite que
d’autres, Benoît en est un exemple.
Il y en a d’autres qui sont prêts à
le faire.
Il ne faut juste pas négliger tout
ce qui a déjà été fait.
La France et l’Europe sont plutôt
volontaires sur le sujet.
– Marie Brémeau: On voit dans le
reportage que l’interdiction en
Autriche est menacée, car le
contexte politique est particulier
et troublé.
On sait qu’il y a des élections
législatives qui arrivent.
La donne pourrait changer.
– Gilles Lebreton: Tout à fait.
Ca peut changer en Autriche, mais
chez nous, c’est aussi en train de
changer.
Il ne faut pas attaquer nos
agriculteurs qui sont très inquiets
de la mauvaise image qu’ils ont dans
l’opinion publique.
Ils ont fait beaucoup d’efforts pour
utiliser de moins en moins de
glyphosate.
Ils tiennent à le rappeler.
Au Rassemblement National, on a une
position très nuancée sur la
question.
Nous sommes favorables à
l’interdiction à terme du
glyphosate, car c’est un produit
cancérogène.
– Marie Brémeau: On est donc tous
d’accord là-dessus?
– Gilles Lebreton: Nous sommes
d’accord avec le délai de cinq ans
qui avait été donné par l’Union
Européenne pour en finir avec ce
produit.
Cela va permettre aux agriculteurs
de continuer leurs efforts pour
trouver des produits de
substitution.
– Benoît Biteau: On doit placer
l’agriculture dans un véritable
débat de société.
L’erreur que nous pouvons faire, et
nous le faisons trop souvent au
Parlement européen, c’est de placer
les sujets dans des logiques
corporatistes et de ne demander
l’avis qu’aux agriculteurs pour
parler du glyphosate.
Pourquoi est-ce que l’Europe est
impliquée sur le sujet agricole?
C’est parce que beaucoup d’argent
public est mobilisé pour
l’agriculture.
On doit donc replacer le débat
agricole dans un débat de société.
L’agriculture, le fondamental, c’est
de produire de la nourriture.
Et de la nourriture qui ne contient
pas les substances qui peuvent
mettre en danger la santé des
consommateurs.
Il faut aussi parler du changement
climatique.
– Marie Brémeau: Est-ce que ce n’est
pas possible une interdiction
dès demain?
– Gilles Lebreton: Si on interdisait
tout de suite le glyphosate, cela
mettrait en péril les exploitations
agricoles.
Il faut du temps.
– Marie Brémeau: Est-ce que cela
nécessite forcément un
accompagnement, le passage au bio?
– Jérémy Decerle: Le passage au bio
ou la réduction, ou l’évolution des
pratiques sur une exploitation.
Le passage au bio, ça se réfléchit.
Ca nécessite effectivement un
accompagnement.
On essaye d’être le plus rationnel
possible.
Tout le monde s’exprime là-dessus.
Derrière, il y a des agriculteurs et
des réalités qui font que ce n’est
pas bon pour tout le monde que
demain matin, tous les agriculteurs
français ou européens changent leurs
pratiques.
Ils n’y arriveront pas tous.
On continuera quand même de manger
des produits qui viennent d’ailleurs
et qui ne respectent pas nos
conditions.
– Marie Brémeau: Vous parler du
malaise agricole en France, des
arrêtés anti-pesticides.
Il semble que ce soit la goutte
d’eau de trop pour les agriculteurs.
Ils ont manifesté leur
mécontentement.
– Il y a un lobby écolo-bobo, qui
veut essayer de faire à 150 m, 100
m, des zones sans pesticides.
Dans la métropole lilloise, ce
serait très mal perçu.
Sur mon exploitation, je perdrais
cinq hectares.
– Marie Brémeau: Cet agriculteur en
a marre d’être stigmatisé.
Il faut que tout le monde se penche
sur la question agricole.
Comment on fait?
– Benoît Biteau: Le fait que des
maires doivent saisir un arrêté
municipal pour essayer de faire
avancer le débat sur les pesticides,
cela illustre que le gouvernement
n’a pas pris à bras-le-corps le
sujet des pesticides.
– Marie Brémeau: Ca illustre aussi
qu’on n’attende plus que ça vienne
de l’Etat ou de l’Union Européenne?
– Benoît Biteau: Si l’Etat avait
fait son travail, les maires ne
seraient pas obligés de prendre ce
genre d’arrêtés.
Je trouve les propos de cet
agriculteur un peu méprisants à
l’égard de ceux qui n’utilisent pas
de pesticides.
Et dans la même veine, les propos du
ministre de l’Agriculture.
Pour des agriculteurs comme moi, qui
n’utilisent plus de pesticides, on
peut se passer de glyphosate.
On peut parfaitement produire sans
avoir recours aux pesticides.
– Marie Brémeau: Mais est-ce qu’on
peut se passer de pesticides pour
toutes les cultures?
– Jérémy Decerle: Encore une fois,
je pense qu’il ne faut pas exagérer
le débat.
Sur cette question, il y a quelque
chose qui m’a fortement agacé, le
vendredi soir où est sorti l’arrêté
municipal du maire…
Je reviens à la question française.
Ca prend tout son sens.
Il y a Yann Artus Bertrand qui est
venu sur les plateaux de télé
expliquer à quelle distance il
fallait traiter.
Je ne remets pas en cause ses
talents de photographe.
Par contre, j’ai des doutes sur ses
qualités scientifiques.
De temps en temps, on peut faire
confiance à la science.
Je rejoins ce que dit Benoît.
Oui, on peut changer, mais ça ne se
fera pas du jour au lendemain.
– Gilles Lebreton: Je suis d’accord
avec ça.
Les arrêtés municipaux ne sont pas
une bonne réponse au problème.
– Marie Brémeau: Je vais revenir à
l’Europe.
Au début de l’année 2019, une
commission du Parlement européen
rendait ses conclusions.
Elle préconisait une refonte de
l’utilisation des pesticides.
Il y a un problème dans l’évaluation
de la dangerosité des pesticides?
– Gilles Lebreton: Il ne faut pas
remettre en cause la dangerosité du
glyphosate.
Je pense qu’elle est malheureusement
acquise.
Mais il faut encourager la recherche
pour développer d’autres types
d’herbicides qui seraient moins
nocifs pour la santé.
Il faut encourager la recherche.
Ce que tente de faire l’Autriche de
ce point de vue est intéressant.
L’Autriche est en avance sur
l’utilisation d’autres méthodes.
La France a pris un peu de retard
dans ce domaine.
Mais on est en train de le
rattraper, grâce au vote du
Parlement européen de 2017, qui a
contribué à demander une évolution.
C’est pour ça que les maires ne
donnent pas la bonne solution par
ces arrêtés d’interdiction.
Mais il faut réfléchir ensemble à
des solutions.
– Benoît Biteau: Il faut
repenser la méthode d’évaluation des
pesticides par les agences
sanitaires.
Elles sont éculées, obsolètes depuis
plusieurs décennies.
Le glyphosate n’est qu’un cas
d’école pour le problème global des
pesticides.
Les agences sanitaires n’intègrent
pas tous les critères.
Elles n’évaluent pas la nocivité des
pesticides sur le milieu marin,
alors que toutes les eaux finissent
en mer.
Est-ce que les alternatives sont de
nouvelles molécules à imaginer, ou
est-ce qu’on ne doit pas engager les
crédits européens sur des
alternatives basées sur l’agronomie
et le bio qui nous éloignent des
molécules de synthèse?
– Marie Brémeau: Il faut également
nourrir toute l’Europe.
– Jérémy Decerle: Le maintien de
l’agriculture réside dans la
capacité que les consommateurs
auront à tirer les modèles vers le
haut.
– Marie Brémeau: C’est aux
consommateurs d’exiger les
changements?
– Jérémy Decerle: Il y a un problème
avec les pesticides aujourd’hui.
– Marie Brémeau: Vous êtes pour de
nouvelles molécules ou pour l’arrêt
des pesticides?
– Jérémy Decerle: Il y a des dangers
et des risques.
Il faut des nouvelles pratiques qui
permettent de se passer
provisoirement des pesticides, et
qu’on puisse…
– Marie Brémeau: Pourquoi
provisoirement?
– Jérémy Decerle: Ou plutôt, de
manière pas directe, mais
progressivement.
Aujourd’hui, il n’y a pas des morts
en rang par quatre tous les matins
chez les agriculteurs ou les
consommateurs à cause des produits
phytosanitaires.
Mais tous les deux jours, il y a un
agriculteur qui se suicide.
Voire tous les jours dans certaines
zones ou certaines productions.
Ils ne se suicident pas tous parce
qu’ils sont montrés du doigt ou
parce qu’ils sont catalogués comme
des pollueurs, mais ça joue.
Nous devons trouver des solutions
pour accompagner les agriculteurs.
– Marie Brémeau: Avant de nous
quitter, Jérémy Decerle et Benoît
Biteau, vous êtes tous les deux de
nouveaux députés européens.
En un mot, quelle est votre
impression sur les premiers pas au
Parlement?
– Benoît Biteau: C’est une très
belle aventure.
Je ne suis pas déçu.
C’est conforme à ce que j’espérais,
c’est peut-être même mieux.
Et surtout, contrairement à ce que
certains ont l’habitude de dire, je
pense qu’il y a des vraies marges de
manoeuvre pour les députés qui font
le travail.
– Jérémy Decerle: Je ne vais pas
m’ennuyer.
– Marie Brémeau: C’est la fin de
cette émission.
Vous pouvez la voir en replay.
A très bientôt.